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La 5ème de couv
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5 août 2014

Mille soleils splendides*** de Khaled Hosseini (Ed. 10/18, 409 p)

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Toujours autant de talent chez ce conteur qui réussit à nous faire traverser trente années de vie afghane sans misérabilisme. L'instauration du régime communiste, la victoire des moudjahidins et leurs querelles internes, la prise de pouvoir des talibans puis l'intervention américaine sont vécues au travers du regard de deux femmes, personnages superbes et attachants.

Au travers de son écriture sensible et délicate, Khaled Hosseini nous montre tout l’amour qu’il éprouve pour son pays et tente encore une fois de lutter contre la violence et l’intolérance.

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5 août 2014

Et puis, Paulette... , Barbara Constantine (Livre de poche, 260 p env.) - Sélection des libraires

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Une sélection qui ne fait pas honneur aux libraires, ce livre peinant à dépasser les 300 mots de vocabulaire. C’est sirupeux, ça dégouline de bons sentiments, ça colle aux doigts…

Point positif toutefois, le récit est inspiré d’une histoire vraie. A réserver aux lecteurs très occasionnels ayant un besoin urgent de se remonter le moral.

7 juillet 2014

Le passage*, Justin CRONIN (Pocket, 1264 p)

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L’armée américaine met au point un virus mutant pour créer une nouvelle arme humaine, mixte entre vampire et zombie. Le virus se répand, décime l’espèce humaine, et nous voici plongés dans un récit post- apocalyptique, dans lequel une mystérieuse jeune fille vient « sauver » l’humanité. (Je n’ai pas de scrupules à raconter l’histoire, elle est en 4ème  de couverture).

Avec ce scénario de film d’ados, il est difficile d’intéresser le lecteur 1200 pages. Pourtant la première partie pré-apocalyptique se lit bien, la qualité d’écriture n’y étant pas étrangère.  La suite se traîne péniblement (960 pages tout de même). Trop de personnages,  manque de direction évident ; le récit part dans tous les sens et n'emmène nul part. Ou peut-être simplement au deuxième tome ?

Tout cela pour ça ! ou beaucoup de pages pour rien...

27 février 2014

Mississippi****, Hillary Jordan (éd. 10/18, 361 p)

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Cette magnifique chronique familiale portée par six voix d’hommes et de femmes, de blancs et de noirs, est une symphonie maîtrisée de bout en bout. Mississipi des années 40, retour des héros de guerre. Pourront-ils réintégrer cette terre âpre et boueuse, elle, qui possède et absorbe les hommes aussi sûrement que la mer ? 

Des personnages denses et crédibles, un style fluide, un récit puissant, que dire d’autre ? L’équilibre de l'histoire aurait frisé la perfection si le grand-père avait eu une petite voix au chapitre.

A découvrir.

9 janvier 2014

L’alliance T1**, James Michener (Points, 821 p)

l_allianceDu déclin de la cité de Zimbabwe (XVème) jusqu’en 1840 environ, James Michener refait revivre sous une forme romanesque les différentes ethnies de l’Afrique du Sud.  Il retrace les différentes vagues d’immigration, les mouvements de populations et les conflits qui ont dessiné le pays actuel en s’intéressant plus particulièrement aux Boers et aux Trekboers, ces intrépides fermiers hollandais situés aux frontières.

Le style agréable allié à une connaissance très pointue de l’histoire du pays (on peut regretter par contre l’absence de citation des sources) donnent au livre tout son intérêt. Le point faible se situe plus dans le choix de narration : étalée sur plusieurs siècles, elle force l’auteur à changer de personnages tous les chapitres. Si certains sont passionnants, d’autres paraissent longuets, en particulier ceux concernant la vie des boers sédentaires, hommes rudes et illettrés dont le quotidien monotone crée un passage à vide  important dans le centre de l’ouvrage.  

Les deux cent dernières pages, captivantes, annoncent les prémices de la « Guerre des Boers ».

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21 janvier 2014

Il pleuvait des oiseaux*, Jocelyne Saucier (éd. Denoël, 202 p)

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En enquêtant sur les Grands Feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario au début du XXème siècle une journaliste découvre une petite communauté retirée dans les bois.  

Du charme et de l’élégance dans ce récit qui pourrait ressembler à une bluette s’il n’abordait des thématiques difficiles. La vieillesse et la mort se vivent sans angoisse au sein de cette nature sauvage, acceptées par ces personnages atypiques qui ont préféré fuir la civilisation et l’aliénation de l’assistanat. 

Une lecture rapide, facile et plutôt réconfortante.

29 octobre 2013

« Voleurs »***Christopher Cook (éd Payots Rivages/noir, 548 p)

 

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Les 470 premières pages de ce road-movie bien construit se tirent une balle en trois malheureuses petites pages, un vrai suicide collectif ! Imaginez, dans la scène finale de « No Country for old men », que les frères Coen fasse raconter au tueur sa petite enfance, et que sa future victime se mette subitement à faire le ménage. Vous auriez alors une idée précise de ma stupéfaction.

 Malgré cet accroc, je n’ai aucun doute sur le fait que nous entendrons à nouveau parler de cet auteur qui se place dès son premier livre dans la cour des grands. Précision des scènes, épaisseur des personnages, ambiance moite et étouffante des marais cajuns, nous voici d'entrée un bon cran au-dessus d’ Ellory, et de mon point de vue, c’est plutôt une bonne nouvelle. 

Auteur à suivre.

12 février 2014

Le rose et le Lys** (Michel Faber, éd. de L’Olivier, 1142 pages)

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C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis plongée dans l’ambiance londonienne de la fin XIXème, déjà explorée avec les deux ouvrages ci-dessous. 

La morale anglaise a malheureusement bien peu évolué ; si ces trois livres apportent un éclairage différent sur la place de la femme et de la vertu dans l’époque, leurs conclusions convergent. Malheur à celle qui a failli, et qui en cherchant à s’élever ou à plaire, tombe sous le coup de la morale masculine dominante, étrange ambivalence entre quête du plaisir et déconsidération accordée à celles qui l’ont apporté.  

Dans ce pays en pleine digestion d’une révolution industrielle qui n’a apporté la prospérité qu’à une petite élite, dans cette ville aux quartiers ouvriers sales, surpeuplés, où certaines femmes préfèrent la prostitution aux cadences infernales de l’usine, apparaissent les prémices du XXème siècle. Les inégalités intenables entre classes sociale, entre hommes et femmes, ont déjà fait émerger les idées révolutionnaires de Karl Marx et on devine les prémices de l’émancipation féminine, appuyée par la démocratisation du travail féminin. 

L’histoire de Sugar, jeune prostituée déterminée à se frayer un chemin dans la société anglaise, illustre parfaitement cet ordre social  injuste et moralisateur. Son parcours se lit d’une traite malgré ses 1100 pages et on quitte le livre en regrettant de ne pas pouvoir connaître la suite. Cependant, des trois titres, celui-ci est certainement le plus axé « lecture féminine » et ne plaira pas à tous les lecteurs. La méthode de l’auteur qui consiste à s’adresser directement au lecteur peut dérouter également au début de l’ouvrage.

18 janvier 2014

Féroces* Robert Goolrick (Pocket, 247p)

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Le choix de dévoiler dans la dernière partie l’événement qui a fait basculer sa vie amène l’auteur à construire l’ensemble de l’histoire sur un non-dit.

Dans ses souffrances d’adulte, dans la relation ambigüe entretenue avec ses parents, on devine que sa hargne et sa tristesse ont une vraie cause. En attendant, je me suis ennuyée dans ces petites scénettes sensées expliquer son malaise puisqu’il ne décrit au final qu’une famille ordinaire de la middle class américaine des années 50. Mère au foyer qui s’ennuie, père enseignant, cocktails, robes de soirée, alcool un peu trop présent, fort souci des apparences. Les psychodrames, tels l’absence de vélo ou la robe trouée de sa mère sont tombées à plat, mettant surtout en lumière l’immaturité du narrateur. 

Bien sûr, la révélation éveille une compassion sincère, mais comment ne pas s’interroger sur tout ce fartas, sur les incohérences du récit accentuées par des oublis ? Peux-t-on faire porter à cet événement la responsabilité complète du ratage de sa vie d’adulte, après un tiers de livre passé à décrire une enfance plutôt heureuse ? Sa mère, alcoolisée, a-t-elle véritablement compris la scène avec l’obscurité ? Pourquoi n’a-t-il jamais réussi à avoir une conversation une fois adulte avec elle ? 

Trop de questions sans réponse et une construction de récit inappropriée gâche de mon point de vue le propos de ce livre, qui a pourtant le mérite de parler d’un sujet difficile et insuffisamment abordé.

1 novembre 2013

Le cœur cousu, Carole Martinez (Folio 440 p)

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Fantasque, excessif, baroque, ce livre emprunte la forme du rêve.

Sentiment de réalité constamment troublé par une légère démesure de l’écriture. Excentricités et bizarreries font semblant de s’intégrer à l’ordre naturel de la vie de ce petit village, donnant au lecteur un sentiment permanent d'étrangeté.

Peut-on si facilement partager le rêve d’un autre ? Ce ne fut pas mon cas, réveil et abandon en page 108.

17 novembre 2013

Robe de marié*** Pierre Lemaitre (Livre de Poche, 314 p)

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Ce bon polar au scénario original a très visiblement inspiré Karine Giebbels (critique du mois dernier : « Juste une ombre »). La ressemblance est confondante dans la première moitié du livre : style de personnage, mobiles, méthodes,  un vrai duplicata !   

Comme c’est vilain de copier sur ses petits camarades !!!  Giebbels veut-elle nous faire croire qu’elle n’a pas lu cet auteur policier réputé, aujourd’hui titulaire du Goncourt, et qu’elle a écrit un livre aussi proche par pur hasard ? 

Alors entre l’original et sa pâle copie, n’ayez aucune hésitation : vous trouverez dans cet ouvrage une qualité de style et une rigueur d’’intrigue que Giebbels est parfaitement incapable de produire. Je la raye d’ailleurs définitivement de ma liste d’auteurs à lire.

24 septembre 2013

Le chemin des âmes***, Joseph Boyden (Albin Michel,390 p)

chemin_des__mesCurieux hasard que de découvrir, à la suite de « La chorale des maîtres-bouchers » dont le récit débutait lors du retour d’un tireur d’élite allemand de la guerre 14-18, le quotidien de cette même guerre pour deux jeunes guerriers Cree, tireurs d’élites dans le camp opposé (canadien).

Si la qualité d’écriture est assez nettement inférieure à celle, éblouissante, de Louise Erdrich, il réussit là où l’autre avait échoué. Il éveille, malgré quelques scènes répétitives, des émotions fortes. De la disparition inéluctable de la culture indienne, au gré des chapitres situés au Canada, à la lente dissolution des esprits dans la boucherie quotidienne des combats, tout est parfaitement restitué.

Beau roman, âpre et touchant.

14 août 2013

Autour de la révolution culturelle... trois livres :

brothersBROTHERS***, de Yu Hua (Babel, éd. Actes sud 984 p)

Cette saga ambitieuse retraçant l'histoire de la Chine de la révolution culturelle à nos jours décrit parfaitement l'évolution accélérée d'un pays qui a compressé trois siècles de développement en quarante années. Le style vif et truculent fait merveille dans la première partie du livre, d'une grande puissance narrative. Le dernier tiers malheureusement déçoit, de par le manque de crédibilité de l'intrigue, un humour gaguesque surprenant, et des références au sexe inutilement insistantes. Mais on aurait tort de bouder ce récit puissant, l'enfance des deux héros justifiant à elle seule la lecture de ce roman.

 

au_zenithAU ZENITH*** de Duong Thu Huong (éd. Sabine Wiespeser, 700p)

En entremêlant quatre récits, cette romancière vietnamienne nous fait part de ses désillusions sur la révolution communiste et en nous donne l'occasion de découvrir le quotidien d'un petit village de montagne.

Les récits sont très inégaux. L'entrée dans le livre est rendue laborieuse par la narration du vieux président Hô-Chi Minh, désormais écarté du pouvoir,  en plein apitoiement sur son sort. Puis se dessine une chronique paysanne très agréable, parfumée aux saveurs d'une cuisine vietnamienne alléchante, partie la plus accrocheuse du livre de mon point de vue. Le récit de Vu, l'ancien compagnon d'arme du président, fait découvrir l'absurdité d'un régime dévoyé de ses idéaux initiaux. Le dernier conclut cette histoire cruelle et visiblement véridique.
La grande qualité de style et la beauté des descriptions donne à ce livre, malgré ses lenteurs et sa difficulté d'accès (il faut passer le cap des 150 premières pages), un intérêt véritable.

 

jusqu_au_matinJUSQU'AU MATIN** de Han Suyin

Dans un style d'écriture plus simple que les deux précédents ouvrages, l'histoire de cette américaine qui traverse les années de guerre, la chute de Tchang Khaï-Chek, et la révolution culturelle aux côtés de son mari chinois, apporte un point de vue plus occidental sur ces trente années. Plus facile d'accès, il permettra à des lecteurs occasionnels de découvrir cette période terrifiante et fascinante de l'histoire de la Chine.

11 septembre 2013

La chorale des maîtres bouchers***, Louise Erdrich (Livre de poche 568p)

chorale_maitres_bouchersCette très belle écriture happe immédiatement et fait traverser sans à-coups toute la période d’entre-deux guerres dans une petite ville des grandes plaines américaines. Sans être lisse, cet entremêlement de vies souffre pourtant d’un léger manque de rythme, peine à éveiller pleinement nos émotions. On finit par se demander où tout cela nous emmène.

Ce livre rentre pour moi dans même catégorie que  « Le déclin de l’Empire Whiting » : force d’évocation, belle écriture, densité des personnages. Pour l’un comme pour l’autre, malheureusement, l’absence d’implication du narrateur dans sa propre vie freine l’empathie du lecteur.   

Réservé aux bons lecteurs et aux amateurs d’ambiances américaines. (Une étoile de plus que prévu pour l'indéniable qualité de style).

16 août 2013

Juste une ombre*, Karine Giebel (éd Pocket, 606 p)

juste_une_ombreLe style est si affligeant que j'ai failli ne pas passer le cap de la page 5 (extraits ci-dessous). Le livre étant acheté, il a bien fallu continuer.

Finalement, Karine Giebel ferait une excellente scénariste. Elle a de bonnes idées, des personnages intéressants, le sens du rythme. Elle ne cède pas à la facilité comme le montre sa fin peu conventionnelle. Difficile cependant de faire abstraction du style très pauvre, des dialogues qui sonnent souvent faux, et des quelques maladresses de l'intrigue.
Ce livre peut apporter un réel plaisir à des lecteurs occasionnels qui seront certainement plus attentifs au fond qu'à la forme. Pour les lecteurs très réguliers, il  faut être prêt à se montrer indulgent.

Extrait : "La rue est longue. Etroite. Obscure et humide.
Je n'ai pas très chaud dans mon manteau. pour ne pas dire froid. Dans le dos, surtout."

 "Je ne vois pas son visage, on dirait qu'il n'en a pas. Je n'entends plus mon coeur, on dirait que je n'en ai plus. Je ne me vois plus aucun avenir, on dirait que... Encore un pas en arrière. Lui, un en avant.
Mon dieu, je vais mourir. Pas maintenant, pas ce soir. Pas ici, pas comme ça...!"

28 juillet 2013

La bête contre les murs****, Edward bunker (Rivages/noir, 297 p)

bete_contre_les_mursEdward Bunker, le plus jeune taulard à avoir intégré Saint Quentin (pénitencier connu pour être le plus dur des Etats-Unis),  plusieurs fois récidiviste, nous parle de cette « tendresse essentielle » qu’évoque Romain Gary, cette tendresse qui nous permet de rester humains. Dans son style direct, avec une lucidité et une humanité stupéfiante, il nous montre  l’intérieur de cette machine à broyer les hommes, cette violence impitoyable capable de transformer  les petits délinquants en meurtriers sans scrupules en moins d’un an.

Réalisme, choix du thème, tout concorde dans cette œuvre puissante, âpre, fascinante. Très grand coup de cœur ! Chapeau bas pour cet homme qui a su conserver la part essentielle de son être dans un univers aussi hostile.

26 juillet 2013

La promesse de l’aube*** Romain Gary (Folio, 390 p)

promesseHymne à l’incommensurable amour maternel et filial, récit autobiographique d’une vie exceptionnelle, à jamais écrite et marquée par cet amour. 

Condamné à la solitude que fait naître l’amour absolu lorsqu’il est connu trop tôt, Romain Gary aurait pu livrer un roman déchirant s’il n’y avait glissé une autodérision permanente qui allège le livre en lui ôtant une part de sa puissance. 

 Tour à tour drôle, splendide, répétitif, surprenant, et parfois pédant, le récit oscille tout du long. J’ai pris pour ma part beaucoup de plaisir à cette balade dans la première moitié du 20ème siècle et à la découverte d’un de ses fils prodigues.

14 août 2013

Serge Brussolo, l'homme sans limites

la_main_froideSon style peu travaillé et son goût des intrigues policières pourrait faire passer Serge Brussolo pour un auteur de "romans de gare" ordinaire. Ce serait oublier sa capacité à créer des ambiances oppressantes et son étonnante liberté de ton.

Seul écrivain prêt à tuer froidement ses personnages en milieu de livre, ne répugnant pas aux morts atroces même lorsqu'il s'agit d'enfants, rien n'arrête Brussolo qui ne laisse aucune règle morale entraver ses personnages les plus sombres.
Malsains, cruels, manipulateurs ou personnages ordinaires simplement acculés, Brussolo nous présente les dessous de la nature humaine dans des intrigues bien ficelées où traînent des personnages d'un cynisme si absolu qu'il en est réjouissant.
Malgré ce climat délétère qui pourrait faire reculer les âmes les plus sensibles, j'admire et j'apprécie pour ma part l'immense liberté d'un auteur qui ne s'interdit aucune perversion, certain que ce qu'il invente n'égalera jamais certaines réalités.
Mes préférés dans son oeuvre  dont j'ai lu une dizaine de titres sont : La chambre indienne, La main froide, Le labyrinthe de Pharaon
A tester !
11 juin 2013

Seul le silence*, R.J. Ellory , (éd. le Livre de Poche, 600 p)

seul_le_silenceBelle écriture en grande partie gâchée par le manque de crédibilité du scénario.

La présentation originale (l’auteur a choisi pour narrateur une victime collatérale) et le héros intéressant n’arrivent pas à faire décoller ce policier introspectif dont l’intrigue reste toujours en arrière-plan. Le faible nombre de personnages présentés laisse deviner au 2/3 du livre le meurtrier probable, faisant tomber à plat la conclusion ; et lorsque je dis probable c’est par simple manque de choix car les motivations que l’auteur lui attribue sont simplement incompréhensibles (voir extrait ci-dessous).

 Les invraisemblances émaillent le scénario : l’absence du FBI, la romance peu crédible au vu des mœurs de l’époque, et d’autres que je ne peux dévoiler sans révéler l’intrigue mais qui ont signé ma rupture avec l’œuvre. J’aurais aimé également que l’auteur prenne plus de temps pour présenter les victimes, plutôt que de nous ressasser indéfiniment la liste de leurs noms, provoquant plus d’agacement au final que de compassion.

 N’ayant déjà pas accroché à « Vendetta » pour des motifs similaires, ce sera mon dernier Ellory. 

Extrait : Parce qu’il a tué la première fillette, et à partir de là, il a eu honte. Je crois qu’elle lui parlait, le raillait, le suivait partout où il allait, et chaque petite fille qu’il voyait lui rappelait la première, puis la deuxième, puis la troisième. Et il devait faire taire leur voix, Joseph. Je crois qu’elles lui parlaient pour lui faire perdre la tête. Elles l’empêchaient de dormir. Elles l’empêchaient d’avoir la moindre vie. Il devait les faire partir…et finalement, au bout du compte, elles n’ont plus fait qu’une, leurs regards étaient identiques, leurs voix étaient comme une seule voix, et la seule manière de les réduire au silence étaient de les tuer. La culpabilité, tu vois ?

18 mai 2013

Le déclin de l’empire Whiting**, Richard Russo (éd. 10/18, 633 p)

d_clin_whithingUn rythme lent adapté au déclin de cette petite ville américaine nostalgique de son passé, des personnages communs et pourtant attachants, une trame d’histoire intéressante. Malheureusement la lenteur de la mise en place m’a freiné (le rythme s’accélère sur la fin) et les nombreuses redites lors de la présentation du caractère des personnages n’ont fait qu’accentuer ce sentiment d’étirement. Autant certains passages, concernant Tick ou sa mère par exemple, sont fins ; autant j’ai trouvé agaçant de relire quatre fois que Silver Fox joue au rami en maillot de corps, que David a perdu son bras (il le redit à chaque conversation), ou bien que le nom de Max soit toujours évoqué en précisant qu’il vit aux crochets de tous (j’ai perdu le compte). 

Dans ce style d’histoire, petite ville touchée par un drame mêlée à l’étude psychologique de gens ordinaires, j’ai préféré « De si beaux lendemains » de Russell Banks.

 Extrait : Janine n’identifiait que trois besoins primitifs : manger, baiser, et assassiner cette emmerdeuse de mère. Elle n’aurait pas su préciser lequel était le plus puissant, mais ne doutait pas que le troisième fut le plus dangereux, peu de choses semblant en mesure de s’y opposer. « Tu sais quoi, Béatrice ? »demanda Janine, qui n’employait le prénom entier que pour suggérer la proximité d’un nouveau matricide. «  Tu es jalouse, voilà. » De sa jeunesse relative, de son activité sexuelle et du poids perdu, cela allait sans dire.

18 janvier 2013

L’homme qui m’aimait tout bas – Eric Fottorino (Gallimard, Folio)

homme_aimait_tout_basRécit autobiographique à but thérapeutique pour réussir le deuil d’un père adoptif qui s’est donné la mort.

Si je partage et comprend parfaitement la douleur de l’auteur et son besoin d’écrire pour exorciser sa peine et ses regrets, je ne vois pas l’intérêt de publier ce genre de texte. Il ne cherche pas à nous amener d’un cas particulier à une émotion universelle, ce qui est pour moi le propre de la littérature. Il égrène ses souvenirs, l’homme qu’était son père, ce qu’il aimait, ses numéros de lotos préférés…quel intérêt pour nous qui ne l’avons pas connu ?

Je me suis arrêtée au milieu, il m’a semblé que cette histoire de famille ne me regardait pas.

11 mars 2013

Aucune bête aussi féroce*, Edward Bunker (Payot Rivages Noir 443 p)

bete_feroceUn texte qui sonne juste, une qualité d’écriture remarquable au regard du parcours de l’auteur (foyers, maisons de redressement, prisons) dans un style dépouillé et direct, une véritable réflexion sur les causes de la criminalité et sur les difficultés d’éviter la récidive. Les anciennes connaissances, la non-confiance en soi qui incite à reprendre les chemins connus même s’ils mènent à des impasses, l’absence d’aide à la sortie pour les anciens détenus. L’auteur nous dévoile toutes ces vérités qui dérangent et qui sont toujours d’actualité. Voici pour les qualités.

Côté défauts on regrettera la personnalité du héros, brouillon, volontiers geignard et d’une mauvaise foi fatigante. Il est difficile de s’y attacher. Il se plante sur des broutilles (l’oubli des allumettes par exemple), ne suit aucun des conseils qu’il donne (rester discret sur ses futurs coups), se trouve facilement des excuses. Il se veut « homme d’honneur » et aide les femmes de ses amis taulards, mais peut les plonger sans remords dans les ennuis sous prétexte que « les temps durs font les gens durs ». Facile. 

Je l’ai quitté sans regrets, ce qui explique un avis final très mitigé sur ce livre. Je tenterai cependant "La bête contre les murs" du même auteur dont j’apprécie beaucoup l’adaptation cinématographique sous le titre "Animal Factory" avec Edward Furlong et Willem Dafoe.

21 avril 2013

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde, Steven Hall (Robert Laffont Pavillons, 437 p)

dormir_oubli_requinEn partant de bons thèmes, l’amnésie et la reconstruction identitaire, l’auteur dérive vers des thèses qui n’auraient pas déparé dans un mauvais bouquin de SF. Malgré mon goût prononcé pour les récits décalés j’ai eu du mal  à adhérer aux postulats qu’il impose, mal préparés, pas assez explicités. De mon point de vue il manque la cohérence d’univers indispensable à ce type de littérature, construit ici de bric et de broc. La lourdeur des dialogues plombe plusieurs passages et c’est avec soulagement que je me suis aperçue que cinquante pages du livre étaient quasi blanches tant j’aspirais à en voir la fin.

J’aurais aimé finalement que cet auteur conserve ses bonnes 150 premières pages, puis qu’il passe la main à un autre écrivain comme l’avait fait Daniel Pennac avec des amis dans un policier à quatre mains (soit quatre écrivains au total), le résultat aurait peut-être été plus convaincant.

 Pas indispensable.

7 avril 2013

Un loup est un loup***, Michel Folco (Points, 629p)

loupPlongée colorée dans le Rouergue du XVIIIème siècle, dans une langue savoureuse et épicée. On est captivé par l’ambiance, les croyances, la richesse et la précision de l’univers encore très moyenâgeux de cette province reculée. Il est plus difficile d’adhérer à la personnalité du héros aussi attachant qu’insupportable, rancunier à l’extrême, violent, sensible, dévoué à ceux qu’il aime, mais incapable d’accepter les contraintes de la vie sociale.

Une fois de plus, je ne remercie pas l’éditeur pour sa 4ème de couverture qui dévoile les ¾ du livre, aussi je vous invite à ne pas le retourner. Si j'ai trouvé l’opiniâtreté du héros (qui sert de prétexte à l’histoire) un peu insistante, ce roman, dense et truculent, se dévore d'une traite. A découvrir.

Extrait : A l'instar de l'opinion générale, il considérait comme dangereux  que des enfants puissent croire que leur âge tendre leur offrait la possibilité de commettre des crimes en étant assuré de l'impunité. Par conséquent, et bien que mettre à mort un garçon de douze ans puisse sembler férocement impitoyable, il le fallait, car l'exemplarité d'un tel châtiment servait à prévenir d'autres enfants de devenir à leur tour criminels.

9 janvier 2013

La possibilité d’une île***Michel Houellebecq (Le livre de Poche, 480 p)

Sur les conseils d’un ami proche, je reprends Houellebecq et partage entièrement son avis sur cet ouvrage : les livres écris précédemment par l’auteur ne possibilite_d_une_ilel’ont été que pour l’amener à celui-ci, le meilleur et le plus abouti. 

S’il y reprend des thèmes déjà explorés (misère sexuelle, vacuité des rapports humains), l’auteur se livre enfin de façon plus personnelle et expose sans faux-semblants son point de vue sur l’existence et sur la société qui l’entoure. Que l’on partage ou pas son point de vue (et les critiques virulentes des lecteurs montre à quel point il déchire l’opinion) n’est peut-être pas le plus important. L’existence même de ce regard critique, sa sincérité, sa lucidité crue, est un plus pour tous de part sa rareté dans le paysage littéraire et de part le débat qu’il suscite. 

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture ; récit pathétique, déchirant et émouvant d’une existence humaine dont les désirs et l’envie d’amour ne déclinent pas, tandis que ses possibilités d’obtention du bonheur s’amenuisent. Ce texte pourrait être perçu comme une forme d’invitation au bouddhisme et à l’abandon du désir inextinguible causant notre malheur, mais l’auteur a construit en parallèle dans son récit un corollaire à peine plus engageant : l’anticipation d’une société humaine débarrassée de ses pulsions, à la vie semi végétative. Alors entre la tentation du désir et son abandon, point de salut ? Et quelles possibilités de bonheur ? 

Même si ces questionnements ne sont pas récents, l’ambition de la démarche tout comme ce regard tendre et cruel posé sur une société au bord du gouffre le fait enfin rentrer à mes yeux dans la catégorie qu’il semblait briguer depuis le départ : celles des auteurs qui comptent. Je lui mets donc cette fois un grand « A ».

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