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La 5ème de couv
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3 février 2013

L'extrait du mois : « Et maintenant, me voilà

L'extrait du mois :

« Et maintenant, me voilà réinstallé dans le bonheur. Le bonheur n’est plus cette informe rêverie désespérée. Il a pris son contour précis, ses dimensions exactes. Le voilà présent, pesant, évident, un bonheur épanoui et gras. Qu’est-ce qu’il me faut de plus ? Me voilà réintroduit dans les dimanches, dans les familles, dans les digestions familiales. (…) Un bonheur qui sent la vaseline et le vieux chien... » (La peau et les os, Georges Hyvernaud)

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17 octobre 2012

La citation du mois : La société serait bien mal

La citation du mois :

La société serait bien mal faite si l’argent allait au talent, si les honneurs allaient au mérite, les places à la capacité. Où serait l’égalité sociale ? Ce serait toujours tout pour les mêmes. Un scandaleux cumul !  (…) Au lieu qu’au train dont vont les choses tout est très bien : si l’un a pour lui sa conscience, l’autre a du moins son porte-monnaie. C’est une très grosse consolation à  une époque où tout augmente.  Alexandre Vialatte (Chronique des grands mic-macs)

2 septembre 2012

Narcisse et Golmund***, Hermann Hesse. (Livre de poche 252 p )

C’est mon livre préféré d’Hermann Hesse (j’ai lu jusqu’ici le Loup des Steppes, Siddhartha, et Demian), auteur que j’aime beaucoup.  C’est à mon avis le plus équilibré et le plus facile d’accès. Les romans d’Hermann Hesse semblent tous tourner autour du thème de la quête : ses héros se cherchent et se confrontent au monde pour découvrir qui ils sont. Mais de façon plus générale, ils recherchent le sens de leur vie et par extension le sens de notre vie à tous, dans un aller-retour incessant entre recherche spirituelle et abandon à l’animalité.

Ce roman se situe au Moyen-âge mais l’histoire est intemporelle. Il me semble que Golmund est le personnage auquel il est le plus facile de s’identifier parmi ceux créés par l’auteur, ce qui rend l’histoire plus plaisante.

A lire, ne serait-ce que pour savoir si on accroche à l’oeuvre de ce poète et philosophe allemand.

 Extrait : « Il vivait davantage dans ce monde de ses rêves que dans la réalité. Le monde réel : salle de classe, cour du monastère, bibliothèque, dortoir, chapelle, restait à la surface, une mince peau frémissante sur le monde surréel des images saturé de rêve.»

 

2 septembre 2012

La nuit des enfants rois*, Bernard Lenteric. (Livre de poche 280 p)

 Ce n’est pas un roman d’anticipation, mais plutôt semi-fantastique dans le style des romans de Barjavel (la nuit des temps) ou de Pierre Boulle (La planète des singes). C’est frais, naïf et un peu daté également. Mais c’est agréable à lire, et parfait pour jeunes lecteurs, 13/ 15 ans.

 Extrait : « Leur lenteur d’esprit est à vomir… Apprendre à lire et à écrire ! Comme s’il fallait des semaines pour y arriver ! Pourtant pas difficile de comprendre que ces signes sur le papier ne sont rien d’autre qu’un code de communication… D’ailleurs assez limité (…)« Que suis-je donc ?  Un monstre ? »

  

12 septembre 2012

La carte et le territoire*, Michel Houellebecq. (Flammarion 428p ) - Prix Goncourt 2010

Je me suis souvent interrogée sur le succès de Houellebecq et sur le tapage médiatique qui entoure l’arrivée de chacun de ses livres. Certains estiment que c’est le résultat d’un marketing intensif allié à des provocations déplacées, d’autres le classe dans les écrivains majeurs de la littérature française contemporaine.  Personnellement, mes différentes lectures (Les particules élémentaires, Extension du domaine de la lutte, La carte et le territoire) ne m’ont jamais donné le sentiment d’un auteur avec un grand A. 

La carte et le territoire se lit agréablement après un départ un peu poussif, le personnage principal se révèle attachant. Houellebecq se met lui-même en scène sans complaisance dans son livre, dans la peau d’un personnage alcoolique et misanthrope, assez fidèle à la réalité semble-t-il. Narcissisme poussé à l’extrême diront certains, trait de génie littéraire diront d’autres.  Au final, rien de révolutionnaire dans cette œuvre se déroulant dans le marché de l’art et le petit microcosme parisien/people pour finir dans une étrange imitation de roman policier. Un prix Goncourt usurpé ?

 Il me semble que la véritable originalité des livres de Houellebecq réside dans son point de vue désabusé sur le monde, ses héros sans attaches, pleinement conscients de leur solitude et de l’inanité de tout lien social ;  l’ironie de leur réussite alors même qu’ils ne s’y intéressent pas. On peut estimer que c’est dans les liens entre les uns et les autres que se trouve la véritable saveur de la vie, ou bien adhérer à cette vision désenchantée du monde qui fait l’originalité (ou la lucidité ?) de ses romans, c’est un choix très personnel.

Un auteur difficile à conseiller par conséquent…

 Extrait : « C’est vrai, je n’éprouve qu’un faible sentiment de solidarité à l’égard de l’espèce humaine… » dit Houellebecq comme s’il avait deviné mes pensées. Je dirais que mon sentiment d’appartenance diminue un peu tous les jours.»

 

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5 septembre 2012

L’histoire de l’œuf***, Georges Bataille

Ne soyez pas surpris si votre libraire vous regarde de travers lorsque vous le chercherez dans les rayons : c’est un livre hors normes, un véritable ovni. Histoire d’une rencontre imprévue entre deux jeunes gens partageant le même univers sexuel, les mêmes types de fantasmes, et qui vont pouvoir les vivre ensemble à deux cents pour cent. Ce livre pourrait s’apparenter au film japonais « L’empire des sens » malgré des délires sexuels différents et plus trashs globalement,  (les deux œuvres cumulées, on a fait un bon tour du réalisable, à mon avis….).

 Impressionnant, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit en y repensant, on se laisse emporter jusqu’au bout (si on a réussi à y rentrer, âmes sensibles s’abstenir). La fin est malheureusement gâchée par le dernier chapitre dans lequel l’auteur explique les ressorts narratifs de l’histoire et le pourquoi de l’œuvre. Quand on a l’audace d’écrire une œuvre aussi décalée, pourquoi se justifier, franchement ?

Je le déconseille à toute personne qui n’a pas atteint une petite trentaine, je ne pense pas que l’on puisse accrocher véritablement avant.

 Pas d’extrait : je l’ai prêté et il n’est jamais revenu lui non plus…

  

2 septembre 2012

Vendetta – R. J. Ellory (Poche)

Une histoire qui traîne en longueur doublée d’un vrai manque de crédibilité : difficile d'imaginer un tueur à gages venant faire ses confessions à la police. Le contraste entre le tueur, un homme âgé raffiné, et le jeune homme  brutal, quasi-illettré qu’il était sensé être au début de sa vie décrédibilise totalement l’histoire. La vie du flic qui prend sa déposition a déjà été vue 100 fois (alcoolique, femme et fille parties, culpabilisé, etc). Vivement qu’on casse le moule…

Cela se lit sans trop d’intérêt et cela se referme sans regrets. Evitable !

 

12 septembre 2012

L’analyste – John Katzenbach (Poche) Grand Prix de littérature policière 2004

Un thriller connu et réputé qui m’a laissé de marbre. L’intrigue de départ était prometteuse : un psychanalyste à New York reçoit une lettre mystérieuse. Si il ne trouve pas dans les 15 jours qui se cache derrière le nom de l’auteur de la lettre, il lui faudra se suicider... ou voir les membres de sa famille vont mourir un par un...

Résultat :  long, très long, sans nuances. La deuxième partie, dans laquelle le psychanalyste utilise ses connaissances pour inverser les rôles, aurait pu réveiller un lecteur rendu léthargique, malheureusement elle est complètement tirée par les cheveux.

A la limite du risible. 

2 septembre 2012

Wilt 1**et Wilt 2*, Tom Scharpe (Domaine étranger 10/18, 288 et pages)

Un humour très anglais : l’histoire d’un professeur de 40 ans qui lassé d’être en permanence humilié par ses élèves, sa hiérarchie, et sa femme, se décide à supprimer sa femme (il faut bien commencer par quelque chose !). Seulement voilà, quand on n’a pas d’expérience, le meurtre, ce n’est pas si simple…

C’est plaisant à lire et souvent drôle, mais d’un humour assez féroce. Tout y passe : les relations maris-femmes, le travail, le carcan imposé par le « quand dira-t-on ? » etc …Le personnage principal est attachant et le ton original. Le deuxième tome Wilt 2, qui raconte une autre histoire dans la même veine,  est nettement moins bon et je le déconseille.

 Extrait : « Wilt hocha la tête. Il s’y attendait. Il s’était trompé de département, trompé de mariage, trompé de  vie. (…) C’était tout simple. Wilt acheva de déjeuner et monta à la bibliothèque jeter un coup d’œil à la rubrique « insuline » dans une pharmacopée. Il avait dans l’idée que c’était le seul poison impossible à détecter. »

 

5 septembre 2012

Le Rocher de Brighton, Graham Greene 10/18 domaine étranger 470 pages

Laborieux.  Le plus simple est de laisser parler l’auteur, qui s’exprime dans une préface rédigée par ses soins (étrange, non ?). Je partage son opinion. A son crédit, j’aimerais voir tous les auteurs aussi lucides sur leurs œuvres.

Extrait de la préface: Rocher de Brighton commença d’exister sous la forme d’un roman policier et devint ensuite, je suis parfois tenté de le penser, une erreur de jugement.

Voilà le genre de livre que j’ai toujours désiré écrire : la grande histoire romanesque fascinant notre jeunesse par ses espérances qui se révèlent illusoires, et à laquelle nous retournons en vieillissant, afin d’échapper à la triste réalité. Rocher de Brighton fut un médiocre substitut (…) , comme mes autres livres, et c’est peut-être le meilleur de tous ceux que j’ai écrits : triste pensée après plus de trente ans.

8 septembre 2012

Lignes de faille***, Nancy Huston Actes Sud (481 p.)

D’une construction originale et  astucieuse, le livre se découpe en quatre récits d’enfants de 6 ans se trouvant être respectivement : le fils, le père, la grand-mère et l’arrière-grand-mère d’une même famille, chacun donnant une vue de sa vie et de son époque à travers son regard d’enfant. Le récit s’étend de 1940 à 2000 environ.

Rien ne pouvait plus simplement et plus finement montrer l’incidence et le poids du passé au travers des générations. Le lecteur voit se refléter les récits les uns dans les autres. Mais les enfants, pourtant premiers acteurs de l’histoire, tributaires des comportements et des choix de leurs parents, vivent dans une situation dont ils ne maîtrisent pas les tenants et les aboutissants. Leur méconnaissance du passé familial ne leur permettant ni de comprendre la logique des actes de leurs proches, ni parfois de l’approuver. Les récits sont écrits  dans des styles différents sans qu’il n’y ait trop de rupture, et on voit évoluer la place de l’enfant dans la famille au fil des générations.

C’est un livre fin et abouti, une belle réussite. Unique défaut,  le style enfantin imposé par ce choix de narration pourra gêner certains lecteurs.

 

2 septembre 2012

La peau et les os, Georges Hyvernaud*** (Le Dilettante).

Vous l’aurez compris au titre, ce n’est pas très gai. Ce récit autobiographique raconte le retour de l’auteur d’un camp de prisonnier où il a vécut 5 ans pendant la seconde guerre mondiale, et sa vie dans les camps. La grande force de ce livre tient dans la qualité de l’écriture, concise et brute.  Hyvernaud retranscrit avec très peu de mots  les ambiances, les sensations, ces petits rien qui forment la vie. On comprend grâce à lui le décalage insurmontable que créé entre les êtres les expériences traumatisantes, et l’inanité parfois de toute communication. Ce regard lucide, cette écriture maîtrisée font de ce livre une petite pépite.

 A lire les jours où on a le moral, toutefois. Mon préféré d’Hyvernaud

Extrait : « Et maintenant, me voilà réinstallé dans le bonheur. Le bonheur n’est plus cette informe rêverie désespérée. Il a pris son contour précis, ses dimensions exactes. Le voilà présent, pesant, évident, un bonheur épanoui et gras. Qu’est-ce qu’il me faut de plus ? Me voilà réintroduit dans les dimanches, dans les familles, dans les digestions familiales. (…) Un bonheur qui sent la vaseline et le vieux chien... »

 « Parce que votre existence a été éventrée, retournée par l’événement, vous imaginez vaguement que vous aviez droit à du neuf, que vous alliez repartir à zéro. Pas du tout, ça se recolle, ça se retape, c’est comme avant. On ne part pas, on continue. On recommence. On remet ça. On remet va vieille veste, on remet sa vieille vie… »

  

20 avril 2016

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement Ripley qui a eu l'extrême gentillesse de m'envoyer ses livres préférés du premier semestre 2015. Je vais bientôt pouvoir créer grâce à elle une rubrique Littérature américaine. Vous pouvez retrouver ses commentaires, toujours concis et pertinents, sur Amazon avec le lien suivant:

http://www.amazon.fr/gp/cdp/member-reviews/A3BE9EN7FM5P3K/ref=cm_cr_pr_auth_rev?ie=UTF8&sort_by=MostRecentReview

Merci beaucoup à Didier de m’avoir remis le « pied à l’étrier » concernant ce blog. J’ai commandé aujourd’hui La coquetière et Liaisons étrangères, deux de ses coups de cœur, que je pourrais commenter prochainement. En espérant que mes critiques seront à la hauteur…

 

4 avril 2015

Manuel de survie à l’usage des incapables***, Thomas Gunzig (Au diable Vauvert, 406 p)

Si vous êtes prêt(e)s à accepter une part de fiction dans un roman, plongez-vous sans hésiter dans cette critique acérée de nos sociétés et de leurs devenirs.

Radiographie d’un univers violent dans laquelle tout est mesuré, évalué, chiffré ; où tout doit être utile, consommable, fonctionnel, ce livre met en avant le cynisme et la médiocrité des existences dévolues au consumérisme et nous questionne finalement sur nos choix de vie.

Que va-t-on pouvoir faire de Martine Laverdure, 54 ans, caissière comme tant d’autres dans un supermarché de banlieue, jamais malade, jamais en retard, mais un peu trop lente ? Sur ce point de départ,  l’auteur nous entraine dans une histoire surprenante dont le rythme allège agréablement la part sarcastique.

Malgré sa qualité d’écriture très moyenne, la rareté de ce genre d’ouvrage me fait le classer dans mes coups de cœurs de l’année et m'a donné envie de découvrir plus en détail l'univers de Gunzig.

A découvrir.

29 mai 2014

Les déferlantes, Claudie Gallay

Je n’ai pas eu la patience de dépasser la 60ème page tant les clichés abondent. L’auteur a visiblement décidé de faire passer la Hague pour un ramassis d’arriérés, de marginaux et de péquenots. On a même droit à la maison hantée, tout y est !

Les descriptions marines, qui se veulent poétiques, sont pathétiques (j’ai fini par regretter Susan Fletcher avec laquelle je m’étais pourtant bien ennuyée), et on peut se demander si l’auteur a véritablement visité la région tant la beauté des lieux est mal rendue. 

Si vous voulez vous imprégner de l’atmosphère du Cotentin je vous conseille plutôt les superbes livres des Editions Big Red One, aux photos magnifiques : « Lumières Marines du Cotentin » ou bien « Vol au-dessus du littoral du Cotentin ». 

A oublier.

6 juin 2013

Eux sur la photo** Hélène Gestern (éd. Arléa, 274p)

Légère déception pour ce roman que l’on m’avait annoncé comme « la grande histoire d’amour » du moment. Sous une forme épistolaire au charme un peu suranné, une femme cherche à en apprendre plus sur sa mère, morte dans sa petite enfance et découverte par hasard sur une photo. Elle entame une correspondance avec un homme ayant reconnu l’un des personnages de cette photo. 

Autant une enquête qu’une quête identitaire, le puzzle de la vie de leurs proches prend forme progressivement, éclairant et réécrivant leurs années d’enfance. Bon départ pour un résultat un peu trop convenu. Dommage. 

Extrait : Je me demandais ce qui fait la vérité d’un être, ce que l’on devient quand on grandit sans souvenirs, qui étaient ces gens qui m’avaient connue et dont je ne savais rien, s’il restait en moi quelque chose d’eux, un mot, une image, une odeur.

24 avril 2013

Extrait du mois : « Les politiciens n’ont plus

Extrait du mois : « Les politiciens n’ont plus qu’un seul rôle sérieux à tenir aujourd’hui : masquer qu’ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu’elle n’est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C’est un vrai métier, éprouvant, exigeant, que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement… » Alain Damazio, La zone du dehors.

18 octobre 2012

Histoire de France***, Marc Ferro (Odile Jacob, 1088 p)

1000 pages seulement pour retracer l’histoire de France.  Vaste entreprise et pari vraiment réussi pour cet ouvrage scindé en deux parties : une première chronologique retraçant l’évolution de l’histoire, abordée comme une force s’exerçant sur la société au même titre que les forces économiques et religieuses ; une deuxième thématique et comparative montrant en quoi notre société s’est différenciée de ses voisins au fur et à mesure du temps.

Le choix de Marc Ferro d’abandonner l’histoire « traditionnelle » écrite dans l’optique Etat-nation pour en faire plus une analyse et une représentation donne au lecteur un agréable sentiment de continuité et fluidifie la lecture. Les grands événements de l’histoire ne ressemblent plus à un camaïeu de dates scolaires (1515 : Marignan…) enchaînées les unes aux autres, mais plus à un mouvement de fond (cette fameuse force de l’histoire) dans lesquels l’enchaînement des évènements trouve un sens, ceux-ci découlant en partie les uns des autres.

Certes, il ne faut pas espérer enchaîner 70 ou 100 pages dans la même journée, c’est très dense. Une immersion de temps à autre sur 20/30 pages en parallèle de romans « détente » est plus plaisante.  C’est un excellent ouvrage qu’on a plaisir à garder en bibliothèque.

2 septembre 2012

Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques** (paru aussi sous le titre Robot blues) Philip K Dick

Un classique que l’on ne présente plus, adapté au cinéma sous le titre de Blade Runner.

L’adaptation cinématographique est restée très fidèle à l’esprit du livre. Si vous avez aimé le film, vous aimerez certainement le livre, mais l’effet de surprise n’est plus là et les images du film ont tendance à prendre le pas sur le texte.

A réserver à ceux qui n’ont pas vu Blade Runner, mais en reste-t-il ?

  

 

8 septembre 2012

La Horde du Contrevent**** Alain Damazio – Gallimard Folio SF (700 p) - Grand prix de l’imaginaire

Voici un prix qui n’a pas été volé !

Plus qu’un livre c’est un univers unique, dur, étonnant que l’auteur a créé.  On parvient à y rentrer, ou pas, mais une fois rentré on vit une expérience incomparable. On est emmené de bout en bout par ces différents personnages (peut-on les appeler « pélerins » ?), groupe d’élite qui cherche à remonter jusqu’à la source du vent qui balaye constamment leur planète. Le livre ne compte pas 23 mais 24 personnages, le vent y prenant une place entière ; un vocabulaire spécifique lui est dédié, une langue complète est inventée autour de ses sautes d’humeur.

 C’est incomparable et donc difficile à retranscrire, le mieux est d’essayer pour ne pas risquer de passer à côté de ce Grand livre de la SF.

 

9 septembre 2012

La zone du Dehors*** Alain Damazio – Gallimard Folio SF (644 p)

Rare auteur français a avoir percé dans le domaine de la SF, Damazio est un écrivain engagé et exigeant qui n’a écrit que deux ouvrages, La zone du dehors et La horde du Contrevent, très vite devenu un classique. La zone du Dehors est un peu moins intéressant que l’excellent deuxième, mais c’est une œuvre aussi plus personnelle.

 L’implantation d’une colonie humaine (la ville de Cerclon, 7 millions d’habitant) sur une planète extraterrestre est l’occasion pour l’auteur d’expérimenter la réalité sociale dans un milieu fermé de façon réaliste. C’est l’occasion également d’une satire philosophie et politique des sociales-démocratie et de leurs dérives vers des sociétés de contrôle de plus en plus poussé.

 Les amateurs d’action et de science-fiction pure seront certainement déçus, mais c’est aussi la force et l’intérêt de cette œuvre qu’il faut aborder plus comme un essai politique que comme un livre de SF. Rare et intéressant malgré quelques longueurs.

Extrait : « Les politiciens n’ont plus qu’un seul rôle sérieux à tenir aujourd’hui : masquer qu’ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu’elle n’est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C’est un vrai métier, éprouvant, exigeant, que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement… »

 « … Plus un pays progresse vers la démocratie, plus la liberté accordée à chaque individu menace la société d’éclatement. Plus par conséquent, le pouvoir doit s’exercer haut - et profondément. Passer sous les cœurs et dans les nerfs afin de gouverner de l’intérieur les comportements. L’ironie de l’histoire, Monsieur Capt, veut que ce soit paradoxalement la lutte acharnée des gens comme vous, de révoltés épris de justice et de liberté, qui ait poussé les gouvernements à se remettre en cause, à affiner et perfectionner sans cesse leur stratégie pour finalement édifier la plus fantastique machinerie de pouvoir jamais mise en œuvre : le contrôle. »

 

2 septembre 2012

Fahrenheit 451** – Ray Bradbury - Folio

Dans la veine des romans d’anticipation des années 50/70 à la Barjavel  ou à la Pierre Boule, agréable à lire mais un peu naïf et daté, en particulier au niveau du style. Certains éléments restent pourtant d’actualité : la description d’une société dans laquelle la surabondance de divertissement réduit à néant toute réflexion et esprit critique.

C’est un classique, je pense que j’aurais plus apprécié ce livre à l’adolescence, à une époque où l’on est souvent plus attentif au fond qu’à la forme.

 Extrait : Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de « faits », qu’ils se sentent gavés, mais absolument « brillants » côté information. Ils auront alors l’impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place. Et ils seront heureux parce que de tels faits ne changent pas.

Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. C’est la porte ouverte à la mélancolie.

 Le téléviseur est réel. Il est là, il a de la dimension ; Il vous dit quoi penser, il vous le hurle à le figure. Il doit avoir raison tant il paraît avoir raison. Il vous précipite si vite vers ses propres conclusions que votre esprit n’a pas le temps de se récrier : « quelle idiotie ! »

  

12 septembre 2012

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules **, Philippe Delerm

Ce n’est pas un roman mais un recueil de textes courts, formant un hymne à la vie, à tous ses petits détails, odeurs, lumière, toucher. Tous ces souvenirs qui nous imprègnent et sont communs à tous. C’est bien écrit, très évocateur et on plonge avec bonheur dans ces morceaux choisis au parfum d’enfance.

 Extrait : « On passe les mains dans les boules écossés qui remplissent le saladier. C’est doux ; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l’on s’étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis : – il y aura juste le pain à aller chercher. » 

 

12 septembre 2012

Fortune de France*** 12 Tomes, Robert Merle (Livre de poche)

Préparez-vous à une longue chevauchée d’environ 5000 pages (12 tomes de 500 p), réservée aux lecteurs avertis ! Le récit commence à la mort de François 1er et se termine à l’avènement de Louis XIV ; il se suit au travers de trois générations de narrateur, le grand-père jeune laissant la place au fils puis au petit-fils. Cette grande saga permet de découvrir de l’intérieur et de façon très vivante une grande page de l’histoire de France, au plus près de la vie des rois, et on accroche bien à l’histoire. Si les termes de vieux français utilisés peuvent être un frein au départ, ils font aussi tout le  plaisir de cette lecture (un index est placé à la fin de l’ouvrage). Les héros sont plaisants même si leur vie privée est parfois un peu trop mise en avant par rapport à l’Histoire qui l’entoure, et cela rend certains passages un peu longs.  Cette saga n’est pas sans rappeler celle des « Rois Maudits », mais dans une forme beaucoup plus étirée.

 Extrait de la Préface:  « C’est à cela, à mon sentiment, que sert l’histoire : elle nous apprend que les mêmes problèmse se posent à nous qu’à nos ancêtres quoique en des formes différentes. »

 

2 septembre 2012

La vie aux aguets**, William Boyd Editeur : Seuil

Le principal intérêt de ce roman d’espionnage est d’évoquer une partie peu connue (par moi en tout cas) de l’histoire de la seconde guerre mondiale : la création par les services secrets britanniques d’un bureau de désinformation situé aux Etats-Unis. Bureau visant essentiellement à désinformer la population américaine pour la rendre favorable à une entrée en guerre en Europe. Le récit se construit grâce à deux récits croisés : celui de la mère, situé durant cette période, et celui de sa fille qui ignore tout du passé de sa mère. Les deux récits finissent par se rencontrer. Toutefois celui de la fille, peu mature et poussée par un vent calme, est largement moins intéressant, à mon avis. Si l’idée était de montrer que l’on ne connaît jamais complètement les gens qui nous entourent, elle est amenée assez lourdement.

Le livre au final est agréable à lire mais ne laisse pas d’impression marquante.

 Extrait:  « Et soudain elle ressentit le violent désir de tenir de nouveau un homme dans ses bras – le corps d’un homme nu contre le sien. Moins un acte sexuel que la possibilité de serrer, d’enlacer cette grande masse solide, cette étrange musculature, ces odeurs différentes, cette force différente. »

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