Rare auteur français a avoir percé dans le domaine de la SF, Damazio est un écrivain engagé et exigeant qui n’a écrit que deux ouvrages, La zone du dehors et La horde du Contrevent, très vite devenu un classique. La zone du Dehors est un peu moins intéressant que l’excellent deuxième, mais c’est une œuvre aussi plus personnelle.
L’implantation d’une colonie humaine (la ville de Cerclon, 7 millions d’habitant) sur une planète extraterrestre est l’occasion pour l’auteur d’expérimenter la réalité sociale dans un milieu fermé de façon réaliste. C’est l’occasion également d’une satire philosophie et politique des sociales-démocratie et de leurs dérives vers des sociétés de contrôle de plus en plus poussé.
Les amateurs d’action et de science-fiction pure seront certainement déçus, mais c’est aussi la force et l’intérêt de cette œuvre qu’il faut aborder plus comme un essai politique que comme un livre de SF. Rare et intéressant malgré quelques longueurs.
Extrait : « Les politiciens n’ont plus qu’un seul rôle sérieux à tenir aujourd’hui : masquer qu’ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu’elle n’est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C’est un vrai métier, éprouvant, exigeant, que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement… »
« … Plus un pays progresse vers la démocratie, plus la liberté accordée à chaque individu menace la société d’éclatement. Plus par conséquent, le pouvoir doit s’exercer haut - et profondément. Passer sous les cœurs et dans les nerfs afin de gouverner de l’intérieur les comportements. L’ironie de l’histoire, Monsieur Capt, veut que ce soit paradoxalement la lutte acharnée des gens comme vous, de révoltés épris de justice et de liberté, qui ait poussé les gouvernements à se remettre en cause, à affiner et perfectionner sans cesse leur stratégie pour finalement édifier la plus fantastique machinerie de pouvoir jamais mise en œuvre : le contrôle. »